Nous devons cultiver l’exception française

Pierre_Cohen@Laculture.info

Pierre_Cohen@Laculture.info

La ministre de la Culture, Fleur Pellerin, vient de charger Pierre Cohen, l’ancien maire de Toulouse, d’une mission pour évaluer les problèmes qui touchent les festivals en France. Après la réflexion sur les métropoles et les régions, vous voici à nouveau sollicité, cette fois sur la culture…

J’ai été un peu surpris de l’annonce anticipée de Fleur Pellerin, la ministre de la Culture, sur cette mission autour de la crise des festivals, car nous devions nous rencontrer avant d’officialiser ma nomination, mais c’est un sujet qui m’a toujours beaucoup intéressé et sur lequel je vais plancher avec plaisir.

L’idée de la ministre est d’analyser la crise que traversent les festivals ?

Oui, il s’agit de comprendre qu’est-ce qui pose problème, alors que les annulations ou les reports n’ont jamais été aussi nombreux cette année. Bien sûr, il y a la question des finances locales, mises à mal par la baisse des dotations de l’État, avec beaucoup de municipalités ou de collectivités qui choisissent de sacrifier la culture. Fleur Pellerin veut que nous identifiions la réalité des problèmes pour voir les solutions que l’État peut y apporter. Elle souhaite un diagnostic très précis de la situation. Je vais donc m’efforcer d’analyser les causes de cette crise de façon objective. Il y a la réduction des budgets, mais il y a aussi des festivals qui peuvent être en fin de vie ou trop liés à une personnalité charismatique dont le départ peut être déstabilisant. La ministre veut mettre à plat toutes ces questions. Est-ce que c’est lié aux cachets des artistes qui sont trop élevés ? Est-ce parce que la collectivité qui les finançait se désengage ? Est-ce tout simplement parce que le festival n’a pas trouvé son public ? À nous de fournir un bon diagnostic pour agir ensuite.

Vous insistez sur la dimension économique de la culture…

Les festivals sont une vraie richesse, ils mettent en valeur des territoires et des savoir-faire locaux. Si l’on prend l’exemple de Marciac, un rendez-vous internationalement reconnu, cette manifestation génère une importante activité à l’année, y compris au sein du collège ou au sein de l’académie musicale. Si on tient compte de tous les acteurs de la filière culturelle, on se rend compte que les festivals sont des leviers de ressources extraordinaires. C’est une spécificité française. Nous devons cultiver cette exception culturelle. Or, on peut constater que l’État est très rarement partenaire de ces événements. In fine, il faut se demander quel rôle il peut jouer. Il ne s’agit pas seulement de parler subventions, mais aussi de reconsidérer son implication dans la filière. Aujourd’hui, la démarche de Fleur Pellerin montre que les pouvoirs publics veulent s’impliquer.

Vous entamez cette nouvelle mission, qu’en est-il de celle concernant les collectivités territoriales ?

Mon rapport sur les métropoles et les régions est terminé. Je dois rencontrer Marylise Lebranchu, la ministre de la décentralisation et des collectivités publiques, cette semaine avant sa publication. Sans dévoiler son contenu, il en ressort que les métropoles et les régions devront apprendre à travailler ensemble et à collaborer. Cela passe par une redistribution des compétences de chacune, pour initier une vraie dynamique, sans oublier la solidarité avec les zones rurales. Ce qui est sûr, c’est que ce sont deux atouts incontournables de notre développement à venir, notamment dans les domaines de la connaissance ou de l’innovation.

Recueilli par Gilles-R. Souillés
TOULOUSE SOCIÉTÉ

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