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Concert de soutien au Magazine CHORUS
Published: Jan 18, 2008 - 10:09 PM
ÉDITORIAL
EN ATTENDANT LE PRINTEMPS
Par Fred Hidalgo
Toi, ma pauvre chanson
Je te garde dans mon cœur
A l'abri des saisons
A l'abri des choses qu'emporte le vent
Des choses qu'emporte le temps
A l'abri du faux et du clinquant des modes...
Et tous deux, tous deux main dans la main
Nous irons jusqu'au bout du chemin
Charles Trenet
Disons que Chorus était moribond cet automne et qu'il est convalescent cet hiver.
Mais « quand l'printemps reviendra », il retrouvera sa forme, son épaisseur normales.
À la fin de l'été, Chorus faisait grise mine. « Entre gris clair et gris foncé », amaigri, affaibli, il se voyait contraint de réduire sa pagination de moitié, juste après un « spécial 15 ans » d'anthologie. Choc, voire électrochoc, pour ses lecteurs, dont certains nous suivent fidèlement depuis 1980 (quand nos « Cahiers de la chanson », avant leur mue de 1992, s'appelaient encore Paroles et Musique). Pourtant, Ferré nous avait prévenus : « Le bonheur ça n'est pas grand-chose / C'est du chagrin qui se repose / [...] Alors il ne faut pas le réveiller. » Nous-mêmes ne cessions (discrètement, trop peut-être, de peur de réveiller le chagrin endormi) d'en appeler aux abonnements (et réabonnements) indispensables, aux encarts publicitaires nécessaires... Un journal, fût-il tout entier consacré à ce petit air de rien du tout, « qui court dans la rue, qui vaut pas dix ronds » (toujours Léo), ne vit pas de l'air du temps. Mais rien n'y a fait. Alors, réveil brutal avec un numéro d'automne en peau de chagrin véritable. « C'est étrange comme ma chanson / Devient triste et morose / Il ne reste plus du temps des roses / Plus rien que l'arrière-saison... » (Charles Trenet).
DU BLUES, DU BLUES, DU BLUES... Serait-il impossible, définitivement, de vivre debout ? « Pour mieux faire notre cour / A la mort qui s'apprête / Pour être jusqu'au bout / Notre propre défaite ? » Non, Grand Jacques, car si « la couleur que je porte c'est / Surtout celle qu'on veut effacer... », nos lecteurs, eux, amoureux ou professionnels de la chanson, se sont levés comme un seul homme pour refuser l'idée d'une issue inéluctable. Comme des anges gardiens, ils se sont ligués spontanément, chacun à sa façon, pour dessiner ensemble « comme un arc-en-ciel qui enflamme la pluie » (Les Couleurs du temps, Guy Béart). Non, Chorus, dans cette mer qui fait le gros dos, t'es pas tout seul ! « Tiens bon la vague et tiens bon le vent / Toujours droit devant / Tiens bon le cap et tiens bon le flot / Hisse et ho ! »
Alors, pour canaliser cette déferlante de soutiens, nous avons créé l'association des « Amis de Chorus »... à laquelle Hugues Aufray, justement, et Antoine le globe-flotteur ont été parmi les premiers à adhérer.
BONNE NOUVELLE : des amis à la pelle, du monde entier, se sont glissés dans leur sillage... Et les uns, souquant ferme en quête d'abonnements nouveaux comme on s'en va à la découverte de terres à défricher, s'ajoutant aux autres, bien décidés à jeter l'ancre (publicitaire) dans les pages de Chorus, lui ont permis d'éviter le naufrage et qu'il mette le cap sur Bonne Espérance ! Entre les commandes des numéros disponibles (pour les offrir à des amis : sans doute la meilleure façon de promouvoir la revue), les abonnements nouveaux (environ 500), les réabonnements (souvent de deux ans !) et les encarts de pub, tous aux fins de préserver l'existence de Chorus (des Zénith jusqu'à... la MAIF, et du collectif des festivals francophones à celui des tourneurs), sans parler des adhésions (et des dons !) aux « Amis de Chorus », c'est un véritable chèque sur l'avenir qui a été collectivement signé.
Alors, bien sûr, on pourra déplorer que les pouvoirs publics et/ou les organismes officiels, ceux qui ont vraiment vocation - et les moyens - à soutenir une entreprise culturelle comme Chorus (laquelle, au-delà de son rôle purement informatif, joue de fait, au quotidien, celui d'un pôle international de ressources sur la chanson française et francophone), aient obstinément fait la sourde oreille. Tout comme les majors du disque, d'ailleurs... Du moins jusqu'à ce jour. Mais ce sera pour se réjouir d'autant plus de la forte mobilisation individuelle, aussi désintéressée que spontanée (puisque non concertée), émanant de tous les horizons socio-professionnels : des artistes aux médias, du réseau associatif aux métiers du disque et du spectacle, des bibliothèques aux services culturels municipaux, du monde de l'Education à celui de la Culture... Bref, des « simples amoureux » de la chanson jusqu'aux chercheurs et enseignants de l'Université ! Une vague de solidarité qui s'est concrétisée aussi par plusieurs concerts ou manifestations de soutien en France et au Québec. En attendant les suivants... et le prochain numéro de Chorus !
En effet, si nous n'avons jamais baissé les bras en quinze ans de navigation contre vents et marées, il est encore moins question à présent de céder à l'adversité. Une telle « masse d'amour » - voir le dossier exceptionnel de ce numéro - nous crée évidemment des devoirs nouveaux. Nous pouvons donc l'annoncer ici : le prochain Chorus va être, « dès que le printemps revient », celui du renouveau.
Nous aurions voulu lui redonner sans plus tarder son lustre habituel, mais c'était « mission impossible »... Dans l'incertitude de l'avenir où nous étions en septembre, notre équipe n'a pu commencer à travailler sur ce numéro d'hiver que début novembre, une fois obtenue l'assurance de son financement. Pas question auparavant de déranger des artistes sans être tout à fait certains que la revue continuerait à paraître... Les circonstances nous ont donc obligé à réaliser ce numéro de 132 pages en un seul mois au lieu de trois pour un numéro de 196 pages. Ce qui est déjà une sorte de prouesse pour un survivant. I Will Survive, aurait-il entonné s'il avait été anglophone...
Disons que Chorus était moribond cet automne et qu'il est convalescent cet hiver. Mais, « quand l'printemps reviendra / quand les beaux jours seront là / pour la saison prochaine » (Trenet), il retrouvera sa forme, son épaisseur normales. « Le grand luxe, quoi... auquel on ne prêtait même plus attention, nous écrit un abonné, tellement ça semblait naturel ».
Certes, la mobilisation DOIT se poursuivre (en attendant de savoir si la participation de nos annonceurs - on ne peut plus informative et utile à nos lecteurs - ne restera pas de l'ordre du soutien ponctuel, il nous manque encore pas mal d'abonnés supplémentaires pour arriver au compte) ; certes il reste bien des promesses à traduire dans les faits, beaucoup de suggestions intéressantes à concrétiser. Mais l'avenir est en train de s'éclaircir. « Chanson de printemps, chansonnette d'amour / Chanson de vingt ans, chanson de toujours... »
Eh oui, Y a d'la joie ! C'est logique : après la pluie, le beau temps. Primo, parce qu'avec « Les Amis de Chorus », association à laquelle nous invitons TOUS nos lecteurs à adhérer (« 10 euros pour sauver Chorus... »), nous souhaitons susciter - partout dans les régions et à travers la francophonie - des rencontres autour de la chanson (auxquelles participeraient des journalistes de notre équipe et des artistes), pour la faire mieux connaître et apprécier du public - tout en contribuant à élargir ainsi le cercle de nos abonnés. Secundo, parce que la difficile période vécue cet automne nous a apporté, paradoxalement, bien des satisfactions. Par exemple celle de voir le même jour Le Monde et Le Devoir, les deux grands quotidiens francophones de référence de part et d'autre de l'Atlantique, consacrer d'importants articles à Chorus et surtout mettre l'accent sur son importance pour la chanson francophone ; ou encore Nagui faire Chorus à Taratata, ou l'hebdomadaire national Stratégies saluer en lui « le Compagnon de la chanson » et sa « relation unique avec ses lecteurs ».... Tertio, enfin, parce que cette période de transition s'est soldée par quelques propositions (des plus honnêtes) pour nous accompagner jusqu'à la retraite, le temps pour nous de passer la main à la relève, au sein de notre propre équipe... et que Chorus continue de voguer encore et encore.
Bref, ON AVANCE, ON AVANCE et si « on n'a plus assez d'essence pour faire la route dans l'autre sens », il y a aujourd'hui tout lieu d'être optimistes. Pourvu, bien sûr, que les réabonnements ne manquent pas à l'appel, que de nouveaux abonnés nous rejoignent chaque jour... et que les promesses de publicité ne restent pas lettre morte. Pour paraphraser Jean Ferrat, en rêvant au printemps prochain, on peut aujourd'hui déclarer avec le poète qu'après « un chant à peine interrompu » arrive pour Chorus la saison « d'un printemps ininterrompu ».
Encore un mot, pour la route (enchantée) : grand MERCI à tous et vivement le printemps ! « Odeur du mois d'avril / On sent que bientôt c'est la fête / La jolie fête du printemps... »
Source
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