Etat des lieux des arts du mime [1]

Posted by : jchartier on Nov 18, 2008 - 12:00 AM
Mime & Marionnettes [2]
[3]   Après un état des lieux des arts du mime et du geste initié par la DMDTS pendant le festival Mimos, les premières conclusions tombent : beaucoup de petites compagnies, elles-mêmes très investies dans la transmission. Mieux : il n'y a pas de crise du public.





 

 Le 22 septembre dernier, Marcel Marceau disparaissait. Les Japonais l'avaient élevé au rang de "trésor vivant" - créant même un Pokémon à son nom, Mr Mime - mais les Français, eux, l'admirent comme un objet de musée, inaccessible et un peu vieillot. Sans doute parce que le mime ou mimodrame, cet art étrange qui n'en dit jamais autant que par son silence, est souvent méconnu des institutions et reste mal introduit auprès du grand public qui n'y voit qu'un art figé. Le comble pour une pratique qui élève le mouvement au rang d'art du silence.





Balbutiements



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C'est en Grèce que la pantomime apparaît. Exportée par les troupes d'acteurs itinérantes, elle envahit les scènes de Rome où des solistes - les noms de Pilade ou de Pirame sont restés célèbres - jouissaient d'une grande influence auprès du public. Au point que certains mimes auraient été crucifiés pour avoir attaqué le Sénat. A la chute de l'Empire romain, la culture traditionnelle périclite, et il faut attendre le Moyen Age pour retrouver le mime sur le parvis des cathédrales. A une époque où chaque province possède son dialecte propre, la représentation silencieuse permet l'universalité du propos, une compréhension directe par le geste. Mélangé aux autres disciplines traditionnelles comme la contorsion et l'acrobatie, le mime devient élément essentiel de la théâtralité, un passage obligé pour tout comédien. Repris par les artistes italiens du XVIe siècle, les éléments récurrents de la pantomime traditionnelle s'instaurent en véritable code. Naissent alors les personnages types que l'on retrouvera dans la commedia dell'arte comme Pedrolino, Arlecchino, Pulcinella ou encore Pantalone. Forts de cette influence, les Italiens vont conquérir le théâtre de Shakespeare en Angleterre, celui de Molière puis de Marivaux en France. Trois cents ans d'évolution au terme desquels, en Angleterre, la pantomime s'oriente alors vers le music-hall. A partir de là, elle trouve une seconde jeunesse grâce au cinéma muet, Charlie Chaplin, Buster Keaton, ou encore Laurel et Hardy en tête.





Etienne Decroux et Marcel Marceau, l'âge d'or du mime



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Le mime français naît dans les années 1920 à l'Ecole théâtrale de Jacques Copeau. Rénovateur du théâtre moderne, il travaillait entre autres avec des comédiens de cirque comme les Fratellini, et l'improvisation corporelle tenait une place importante dans son enseignement. L'arrivée d'Etienne Decroux, maître de mime chez Charles Dullin, signe l'avènement d'une grammaire du mime. Sa rencontre avec Jean-Louis Barrault est également décisive, puisqu'elle marque le début de ce que l'on appellera "la statuaire mobile". A la différence du mime anglais qui fait se rejoindre music-hall et cinéma, le mime français s'éloigne du théâtre parlé pour un jeu silencieux, où l'absence de son permet justement de conserver la pureté du corps, la réalité de l'émotion des signes. C'est enfin l'arrivée de Marcel Marceau au sein de la compagnie Renaud-Barrault, et notamment la création du personnage de Bip, qui permettra à cette discipline de devenir un art vraiment à part. Synthèse de la pantomime blanche jouée par Jean-Louis Barrault dans 'Les Enfants du Paradis', Bip est un petit-fils de Pierrot, le héros lunaire silencieux, et de Petrolino - le personnage qui a influencé Pierrot dans la pantomime française. Les tournées se succèdent, le triomphe est immédiat et international. La troupe de Marcel Marceau est alors la seule compagnie de mime au monde, mais rapidement la tradition se répand avec pour maître mot l'introspection corporelle. Selon Marceau, le mime est "un peintre du mouvement, un philosophe de l'existence, une incarnation de l'homme tout court, grâce à l'histoire de l'humanité qu'il a assimilée". Aujourd'hui, preuve de cette universalité, de Joseph Nadj à Philippe Decouflé en passant par la majorité des manipulateurs de Philippe Genty, nombre des artistes sur le devant de la scène française et internationale ont suivi ces enseignements. Ils sont plus nombreux encore ceux qui s'en inspirèrent, comme en témoigne le moonwalk de Michael Jackson qui prit naissance dans le spectacle 'La Marche contre le vent'. Eléments fondateurs du mime moderne, Etienne Decroux puis Marcel Marceau ont durablement influencé les générations suivantes. Pourtant la reconnaissance institutionnelle du mime semble en décalage avec ce glorieux parcours.





L'avenir du mime



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"On est au bout de quelque chose, c'est évident. Il y a de moins en moins d'évolution possible dans la technicité, dans la performance du corps". Ce constat d'Emmanuel Bonduelle, directeur artistique du Centre national du mime, rappelle que le mime est aujourd'hui victime de sa nature propre. Alors que codes gestuels et rapport au corps sont en constante évolution, il semble difficile aujourd'hui de faire "plus spectaculaire" avec nos quelques kilos de chair et d'os. D'autant plus qu'à la différence de la danse, qui peut être abstraite, le mime n'a d'effet que dans l'interprétation du réel. Des limites qui, ajoutées à la persistante notion judéo-chrétienne du corps-péché, infligent un sérieux handicap à cet art où par ailleurs "le corps n'est pas là pour divertir ou pour se rincer l'oeil ; le mime est du côté de la revendication". Art politique, il ne possède pas l'enracinement culturel que peuvent avoir le Kabuki et le Nô japonais ou le Mahabharata indien. Selon Marcel Marceau, ces techniques-là perdurent car elles "ont atteint la perfection (...) depuis cinq cents ans". Les mutations et la confrontation avec d'autres pratiques comme la danse - classique, expressionniste allemande de Kurt Jooss, américaine d'Isadora Duncan -, mais aussi l'apport de tout le théâtre d'objet venu de l'Europe de l'Est, rendent l'identité du mime floue et son avenir incertain. Finalement, le mime est cet art du corps-objet tellement essentiel qu'on en vient à l'oublier, tellement nécessaire à toute forme de représentation corporelle qu'il disparaît progressivement derrière des dénominations plus évidentes, plus "grand public" comme la danse, le théâtre ou le cirque. Selon Emmanuel Bonduelle, le seul recours contre cette lente phagocytose serait une reconnaissance ministérielle, une politique culturelle définie et engagée qui permettrait enfin de poser un nom sur cet art, ainsi que les - maigres - subventions qui vont avec. Au carrefour de tout, naturellement ouvert sur l'international, il ne nécessite finalement rien d'autre que des yeux pour admirer la magie d'un corps maîtrisé à l'extrême.



Alors que la fréquentation du Festival international du mime de Périgueux (festival Mimos) va en augmentant - on évoque entre 50.000 et 60.000 spectateurs itinérants pour l'édition 2008 -, que certains artistes très influencés par le mime, comme James Thierrée, se produisent dans des spectacles au succès flagrant, tout espoir n'est pas perdu. Mais l'ombre du financement de la culture plane depuis longtemps sur ce dossier sensible et relativement mal soutenu. Peu sujet à la gloire et aux paillettes, l'artiste mime aujourd'hui ne jouit pas de la reconnaissance publique au même titre que ses confrères danseurs ou comédiens. Rassemblés le 1er décembre 2008 au théâtre du Vieux-Colombier pour évoquer les problématiques de la profession et les actions à envisager, les acteurs du mimodrame décideront si leur discours muet peut être encore entendu.





A l'occasion de la rentrée - et de la reprise des cours de mime à l'Atelier de Belleville -, Ivan Bacciocchi, artiste et professeur de mime, offre un tour d'horizon de "cet art du silence". Définition, histoire, courants : le mime est riche d'un patrimoine trop méconnu. Brève présentation de "l'art de l'immobile", à rebours des lieux communs entourant la discipline.





Mathieu Laviolette-Slanka

Source [4]






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