[3] La mise en œuvre d'un
projet artistique et culturel dans
le cadre de la politique de la ville nécessite de croiser des approches, des savoirs et des savoir-faire qui relèvent habituellement de secteurs d'intervention distincts. On aborde ici principalement les spécificités d'un
projet culturel et artistique dans le cadre de la
politique de la ville.Les aspects concernant la constitution d'un dossier de subvention, l'organisation d'une manifestation, la médiatisation sont traités par ailleurs (
voir fiche pratique " Elaborer un projet culturel [4]", et l'article " réussir un projet culturel " dans Le journal des maires de juin 2004. En revanche, un développement est consacré à l'évaluation du projet.
La prise en compte d'une double dimension sociale et territoriale
Les objectifs généraux de la politique de la ville étant de lutter contre la précarité sociale dans des zones caractérisées par de nombreux handicaps sociaux, économiques et …culturels, les projets dans ce cadre reposent sur la prise en compte d'une double dimension sociale (les habitants, les " publics ") et territoriale (les territoires défavorisés, les liens entre ces territoires et l'ensemble de la ville).
Des projets " sur-mesure "
De ce fait, les projets relèvent du " sur-mesure ", quelle que soit leur échelle (un quartier, la relation entre centre et périphérie ….) ou leur durée (un événement, une action de longue haleine).
Des spécificités liées au domaine culturel
La mise en œuvre d'un projet artistique et culturel dans le cadre de la politique de la ville repose sur la prise en compte des spécificités du ou des domaines concernés, qu'il s'agisse de disciplines artistiques (spectacle vivant, arts plastiques…), de secteurs patrimoniaux (archives, musées, patrimoine bâti…), du cadre de vie architectural et urbain, de la lecture.
Dans tous les cas, il importe de préciser les objectifs, le " rôle " de chacun, son investissement en temps sur la durée du projet.
Chaque type de projet implique également des précautions de nature juridique ou déontologique :
- le respect des droits d'auteur dans le cas d'une diffusion, mais aussi dans le cadre d'une création, même s'il ne s'agit pas d'auteurs professionnels (pour des éclaircissements sur le statut des œuvres créées) ,
- le respect du droit à l'image et de la protection de la vie privée (article 9 du code civil), en particulier dans le cas de productions audiovisuelles, mais aussi d'opérations portant sur la mémoire,
- la réglementation propre à l'emploi de mineurs dans le cadre du spectacle et des productions audiovisuelles,
- les conditions particulières liées à l'intervention d'un artiste
Le respect de telles précautions est d'autant plus important qu'il s'agit de personnes en situation précaire, d'exil ou d'insécurité linguistique (pour approfondir ces questions, voir le site
www.adri.fr [5])
Les projets d'éducation artistique
Les projets d'éducation artistique, à l'initiative ou non d'enseignants, dans le temps scolaire ou hors temps scolaire, constituent une partie importante des actions pouvant être rattachées aux objectifs de la politique de la ville.
Les zones d'éducation prioritaires sont souvent également des zones urbaines sensibles. Pour autant qu'il prend en compte les dimensions territoriale et sociale, un projet d'éducation artistique peut s'insérer dans les objectifs de la politique de la ville. Voir le site
www.educart.culture.gouv.fr [6]
Définition du projet
La définition d'un projet culturel dans le cadre de la politique de la ville implique un travail préalable - rencontre d'acteurs, connaissance du " terrain " qui doit permettre aussi de mesurer sa réception possible, son écho auprès d'un certain nombre d'appuis, en fonction du domaine concerné : établissements culturels de création ou de diffusion susceptibles de s'associer au projet, services d'archives, conseil des architectes et urbanistes de l'Etat, médiathèques ou bibliothèques…
Compte tenu des enjeux sociaux dans lesquels il s'inscrit, il doit également nécessairement prendre en compte, dans la conception du projet et dans ses effets, un contexte particulier.
Les premières questions à poser portent sur le contexte géographique et institutionnel :
- existe t-il un contrat de ville ? (
voir la liste et la carte des contrats de ville sur le site de la délégation interministérielle à la ville [7])
- quels sont ses objectifs généraux (lutter contre l'échec scolaire, favoriser les mobilités, etc) ? Ses objectifs opérationnels (créer une médiathèque, etc) ? Un projet culturel peut gagner à s'inscrire dans un " réseau " existant , mais aussi dans les perspectives tracées par un contrat de ville.
- quel est son " périmètre " : la commune, l'agglomération ?
- identifie t-il des zones et/ou des publics prioritaires ?
- quelle est la place occupée par la culture dans le contrat de ville ?
- la culture est elle associée à des objectifs plus généraux, pour une ou plusieurs zones de la commune ou de l'agglomération ?
- existe t-il un Grand projet de ville (GPV) ? (la liste des GPV figure sur le site de
la Div [8]).
- un ou plusieurs quartiers sont-ils concernés par une opération de rénovation urbaine ?
Les réponses à ces questions figurent généralement soit sur les sites des villes, soit sur les sites de préfectures de département ou de région. La liste des sous-préfets à la ville, chargés plus particulièrement du suivi des contrats de ville, figure sur le site de la Div, " acteurs de la ville " (
www.ville.gouv.fr [9]).
Une deuxième série de questions porte sur l'inscription du projet dans ce cadre :
- concerne t-il des publics ou des zones prioritaires ?
- peut-il être mis en relation avec les projets urbains (démolition/reconstruction, transports…) ?
- peut-il contribuer à faire participer des habitants aux mutations de la ville ?
- le ou les quartiers concernés font-ils -ou ont-ils fait- l'objet d'opérations culturelles ? De quelle nature et dans quel domaine ?
- est-il une réponse à un appel à projets (par exemple dans le cadre du dispositif " ville-vie-vacances " , ou une initiative ?
- quels sont les interlocuteurs possibles en fonction de la nature du projet , les ressources, en terme d'information et de savoir-faire, qui peuvent être mobilisées ?
- le projet vise t-il à encourager la pratique en amateur, à " professionnaliser " ces pratiques, à développer une forme de création " participative " ?
La réponse à ces questions permet de préciser les objectifs poursuivis par le projet.
La visibilité du projet
C'est un autre point primordial : le projet doit être " adopté " par les partenaires, par la population, qu'elle soit ou non partie prenante. C'est plus ou moins simple en fonction de sa nature.
Si le projet a un lieu d'ancrage (local de répétition, lieu de rencontre des participants), il est essentiel de savoir comment ce lieu est habituellement perçu dans le quartier ou dans la ville : est-il considéré comme un lieu ouvert à tous ? Ou au contraire un lieu " réservé ", où tous ne viendront pas spontanément ?
L'identification d'un lieu (ou de plusieurs lieux) à un projet peut contribuer à les réhabiliter , en en proposant une utilisation inhabituelle. Il faut cependant mesurer toutes les difficultés (sécurité, accueil du public…) qu'implique la gestion (même temporaire ou épisodique) d'un lieu.
Un projet artistique et culturel peut engendrer des " nuisances " pour les riverains. Il importe là aussi de le faire comprendre, mais aussi de l'adapter pour tenir compte de son environnement.
Et après ?
De plus en plus, les projets culturels et artistiques menés dans le cadre de la politique de la ville sont inscrits dans des finalités plus larges. Ils sont en effet perçus comme le moyen de révéler un potentiel de créativité, de restaurer une confiance en soi pour des personnes précarisées. Tous les participants à l'aventure d'une mise en scène de théâtre, d'un travail sur l'histoire et la mémoire, ne deviendront pas comédiens ou archivistes professionnels… Il importe donc que cette expérience puisse, à un moment ou à un autre, s'inscrire dans un parcours d'insertion professionnelle. La vie continue, après, autrement.
L'évaluation d'un projet culturel est plus complexe, et se joue dans une temporalité qui n'est pas celle d'autres politiques publiques. Elle n'est pas sanctionnée par des résultats toujours tangibles (le taux d'échec scolaire…). Elle entretient un rapport avec les représentations plus qu'avec une réalité mesurable par la statistique.
Il est donc primordial de définir au départ, dès l'élaboration du projet, des objectifs précis, reliés à d'autres interventions. Par exemple, une action dans le domaine de la lecture publique peut amorcer un projet plus global d'insertion sociale.
Il peut donc être nécessaire de prévoir, 6 mois ou 1 an après la " fin " d'une action, d'en faire le bilan en ayant conservé le lien avec les participants (dans le cas d'un atelier par exemple), en procédant à une enquête auprès des relais. C'est particulièrement nécessaire dans le cas d'une activité conduite - et financée - de façon pérenne (atelier, espace de création).
Cette évaluation est à distinguer des évaluations globales conduites par les pouvoirs publics sur la politique de la ville (
voir sur ce point la bibliographie [10]). Elle peut contribuer à la nourrir.
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