Le cadre professionnel d'une compagnie de théâtre [1]

Posted by : jchartier on Nov 03, 2008 - 05:47 PM
Theatre [2]
[3]   Pour produire des spectacles professionnels dans le cadre d'une compagnie, toute personne ou équipe a besoin d'une structure juridique. Cette dernière lui permet de faire appel à des fonds publics ou privés et d'effectuer toutes les démarches nécessaires à la réalisation de ses objectifs





Le développement optimal d'un tel projet nécessite une bonne connaissance des

structures juridiques et des règles applicables au secteur du spectacle. Le CNT propose

cette fiche récapitulative et renvoie, pour plus de précisions, au Guide-Annuaire du

spectacle vivant – ouvrage édité tous les 2 ans – et aux informations dispensées

gratuitement, sur demande, par le service juridique.

I. Le statut juridique de la compagnie

Très souvent constituée sous la forme d'une association sans but lucratif (dite association

loi 1901), la compagnie de théâtre ne renvoie pour autant à aucune forme juridique

précise. C'est au porteur de projets de définir la structure la plus appropriée (association,

SARL, SARL-SCOP, etc.). Si son choix se porte souvent sur l'association cela s'explique

par différentes raisons liées notamment à la simplicité de constitution d'une telle structure,

l'adéquation entre son but non lucratif et son éventuel subventionnement, le caractère non

systématique de son assujettissement aux impôts commerciaux, la séparation entre les

dirigeants bénévoles et l'équipe des salariés composée majoritairement de personnel

artistique, technique et administratif relevant du régime d'assurance-chômage des

intermittents du spectacle.



NB : Une association peut tout à la fois être un organisme à but non-lucratif (les bénéfices ne sont pas redistribués aux membres ; ils restent la propriété de l'association et servent à la réalisation de ses objectifs) et exercer dans le même temps des activités lucratives donnant lieu, éventuellement, au paiement des impôts commerciaux (ex. la vente de spectacles).



II. La licence d'entrepreneur de spectacles

Au sens de l'ordonnance du 13 octobre1945 modifiée relative aux spectacles, le

producteur de spectacles est "celui qui a la responsabilité du spectacle et notamment

celle d'employeur à l'égard du plateau artistique. Il choisit et monte ses spectacles, il

coordonne les moyens nécessaires et en assume la responsabilité." Pour exercer cette

activité, la compagnie doit détenir une licence d'entrepreneur de spectacles de 2ème

catégorie appelée "producteur de spectacles ou entrepreneur de tournées". Cette

autorisation administrative délivrée par la Direction Régionale des Affaires Culturelles

(DRAC) permet alors l'embauche d'artistes et l'octroi de subventions publiques au titre du

secteur professionnel.

La licence d'entrepreneur de spectacles doit être accordée au représentant légal ou

statutaire de la structure demandeuse. Dans le cas d'une association, il s'agit donc

normalement d'un de ses dirigeants (ex. président, trésorier). Si ce dernier est par ailleurs

salarié intermittent pour une autre structure, il lui est alors conseillé d'interroger sa caisse

régionale Assedic afin de connaître les conséquences d'un tel cumul avant d'accepter la

responsabilité de la licence. Cette précaution vise à éviter qu'une telle fonction, même

bénévole, n'entraîne une incompatibilité avec son régime d'assurance-chômage. Quoi qu'il

en soit, il est fortement déconseillé à un intermittent du spectacle de détenir la licence

d'une structure au sein de laquelle il réalise tout ou partie de ses heures en tant que

salarié intermittent.



NB : Les spectacles amateurs où la participation des comédiens ne donne lieu à aucune

rémunération sont produits sans licence d'entrepreneur de spectacles. De la même manière,

l'exercice occasionnel d'une activité de spectacle est dispensé de l'obligation de détenir une

licence dans la limite de 6 représentations par an. Cela concerne les personnes physiques et

morales qui n'ont pas pour activité principale ou pour objet la production de spectacles (exemple

d'une entreprise qui embaucherait des artistes pour un spectacle à l'attention de ses salariés) ainsi que les groupements d'artistes amateurs ou bénévoles faisant occasionnellement appel à un ou

plusieurs artistes du spectacle moyennant une rémunération. Dans tous les autres cas, la

compagnie doit, pour exercer son activité de manière professionnelle, détenir une licence.



III. Les outils de gestion et de financement



L'élaboration et l'exploitation d'un projet artistique et, plus généralement, le

fonctionnement d'une structure culturelle supposent la mise en œuvre d'outils comptables

et financiers permettant une gestion réaliste et adaptée aux impératifs et moyens

financiers. La tenue d'une comptabilité, même si elle ne s'impose pas à tous, tout comme

le respect du plan comptable des entreprises de spectacles et la réalisation de comptes

de résultats et de bilans, sont autant d'outils comptables à la disposition d'une compagnie.

Le budget prévisionnel et le plan de trésorerie sont quant à eux des outils financiers

nécessaires au suivi du projet artistique. L'élaboration d'un budget prévisionnel permet au

producteur de mesurer les risques financiers que représentent le montage et l’exploitation

de son projet. Par ailleurs, à partir des recettes propres évaluées selon le circuit de

diffusion dans lequel le projet s’inscrit, la prévision détermine le niveau des financements

publics, parapublics ou privés, permettant d’équilibrer le budget. Une fois construit, le

budget devient donc un outil de négociation avec les différents partenaires sollicités pour

le financement du projet.

Ces derniers, qu'il s'agisse d'organismes nationaux ou locaux de subventionnement, de

partenaires professionnels tels que des théâtres, des compagnies avec lieux ou des lieux

de création, ou encore de structures privées du type sponsor ou mécène, doivent être

connus du porteur de projets qui pourra ainsi les envisager comme des compléments de

ressources potentiels (souvent nécessaires) au financement de son projet. Une liste

exhaustive de différents organismes d'aides est disponible auprès du CNT.



IV. L'embauche du personnel intermittent et le respect de la convention collective



Le caractère temporaire par nature de certains emplois artistiques, techniques ou

administratifs du secteur du spectacle explique qu’il soit d’usage de ne pas recourir au

contrat de travail à durée indéterminée pour ces emplois. Le recours au "CDD d’usage",

par opposition au CDD de droit commun dont l’utilisation est limitée à des cas précis de

remplacement de salarié ou d’accroissement temporaire d’activité, est ainsi le moyen légal,

pour la compagnie, d’encadrer ces relations de travail à durée limitée. La notion

d’intermittent du spectacle, loin de correspondre à un quelconque statut, fait précisément

référence à ces salariés dont l’activité est caractérisée par la succession – voire la

simultanéité – des contrats de travail à durée déterminée, l’alternance de périodes

travaillées et non travaillées et l’affiliation à un régime spécifique d’assurance-chômage. Le

CDD d’usage, malgré sa large utilisation dans le secteur du spectacle vivant, reste un

contrat de travail dérogatoire au CDD de droit commun ne pouvant être conclu que dans

des conditions de recours strictement définies.

En outre, en tant que structure employeuse, la compagnie doit également connaître et

respecter la convention collective dont elle relève. Sorte de "loi de la profession", la

convention collective applicable fixe en effet, en plus du Code du travail, l'ensemble des

conditions d'emploi, de travail et de garanties sociales des salariés de la compagnie (elle

définit par exemple le montant du cachet minimum versé à l'artiste). Une compagnie de

théâtre dont l'objet est la création et la production de spectacles vivants peut relever de

deux conventions collectives. Il s'agit de la convention collective nationale des entreprises

artistiques et culturelles et de la convention collective des entrepreneurs de spectacles. La

première s'applique aux entreprises artistiques et culturelles subventionnées directement

par l'Etat et/ou les collectivités territoriales (Région, département, ville), dans leurs

rapports avec l'ensemble du personnel (artistique, technique et administratif). La seconde

s'applique aux entreprises de spectacles non subventionnées par l'Etat et/ou les

collectivités locales qui organisent des tournées. Elle ne réglemente que les rapports de la

compagnie avec son personnel artistique (à l'exclusion des contrats conclus avec le

personnel technique et administratif). Ces deux conventions bénéficiant d'un arrêté

d'extension du ministère du travail, chacune d'elle est applicable à l'ensemble des

structures relevant de son champ d'application, sans condition d'adhésion au syndicat

patronal signataire.



IV. Les contrats de coproduction et de diffusion des spectacles



Après s'être assuré du respect des droits de l'auteur de l'œuvre portée à la scène, le

producteur doit chercher à mobiliser un certain nombre de partenaires qui pourront

éventuellement accompagner le projet dès sa phase de conception et lui assurer des

possibilités de diffusion. Différents cas peuvent être envisagés : négocier avec un théâtre

coproducteur l'achat d'un certain nombre de représentations ; négocier des "préachats"

avec des diffuseurs permettant au producteur de disposer, dès la phase de création, d'une

partie du montant de la cession (vente) ; conclure des contrats de cession (vente de

spectacles) auprès de diffuseurs ; négocier des contrats de coréalisation prévoyant un

partage des recettes de billetterie et parfois, un minimum garanti ; etc.

Le Guide-Annuaire du spectacle vivant édité par le Centre national du Théâtre précise

l'ensemble de ces informations. Dans sa partie Guide sont recensées les règles et

pratiques liées aux actes constitutifs d'une activité de spectacle (création d'une structure,

outils de gestion et de financement, organismes d'aide, obligations sociales et fiscales,

droits d'auteur, contrats, organisation de tournées à l'étranger, exemple de production

commentée). Dans sa partie annuaire, sont regroupées les coordonnées des organismes

de création et de diffusion, des lieux de conseils, des organismes professionnels, des

sociétés de perception de droits, des partenaires publics, etc.



Cet ouvrage est consultable au CNT et disponible à la vente.

De nombreuses informations sont également disponibles sur le site Internet du CNT (www.cnt.asso.fr).
















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