[3] Vu le contexte actuel, la
Ministre de la culture estime ne pas s'en être trop mal sorti.
Le budget 2009 de son ministère (2,82 milliards d'euros, en fait 2,78 en crédits de paiement) verra une hausse de 2,6% par rapport à 2008. Il
augmente donc de 71 millions d'euros.
La moitié de cette hausse (35 millions) est due à une rallonge exceptionnelle espérée de 35 millions, qui proviendrait de cessions immobilières de l'Etat (dont une vingtaine abonderont un budget de 305 millions d'euros pour faire face à la dégradation des monuments historiques en région). 36 autres millions supplémentaires ont été obtenus par Christine Albanel auprès de Matignon.
Hors dépenses de personnel (+2,3%), le programme Patrimoines connaîtra une hausse de 2,2%, le programme Créations de 3,1 %, pour le spectacle vivant 2,34! % de hausse), tandis que le programme Transmission des savoirs sera stabilisé (avec malgré tout + 3,8% pour l'éducation artistique et culturelle).
Si le ministère réclame des efforts budgétaires aux 78 établissements culturels nationaux (baisse de crédits d' 1 % en moyenne) car leurs ressources propres (billetterie, location d'espaces, mécénat) augmentent rapidement, les crédits des DRAC et des SDAP (considérés comme "une priorité du ministère") vont quant à eux progresser de 3,3%, leur permettant de renforcer leur action dans plusieurs secteurs : les monuments historiques (+10,4%), les musées (+8,8%), le spectacle vivant (+3,5%), les arts plastiques (+1,7%) et la démocratisation de la culture (+6,6%).
En investissement, un accent particulier va être porté sur le musée des civilisations de l'Europe et de la Méditerranée (Mucem) à Marseille, du fait qu'elle sera Capitale européenne de la culture en 2013. Les grands chantiers se poursuivent, comme ceux du château de Versailles, de la Philharmonie de Paris, du futur centre des archives de Pierrefitte-sur-Seine (Seine-Saint-denis) dont la première pierre doit être posée fin 2008, ou encore la consécration d'une partie du Palais de Tokyo aux œuvres d'artistes français confirmés. Le Ministère apportera son soutien à des travaux de construction de scènes à Evreux, Rouen ou Oignies (Pas-de-Calais), et poursuivra la rénovation d'écoles d'architecture.
La ministre a promis de «poursuivre la réforme du ministère» et le non remplacement d'un départ de fonctionnaire sur deux (soit 100 emplois en moins...). Elle ne désespère pas de convaincre Bercy de pouvoir disposer à compter de 2010 d'une ressource extrabudgétaire pérenne, par exemple une taxe sur les paris en ligne.
Des mesures fiscales seront présentées dans le cadre du Projet de loi des Finances rectificatives 2008 : modification du dispositif fiscal dit "loi Malraux" (travaux dans les secteurs sauvegardés) avec un plafonnement des charges déduites à 140.000 euros ; augmentation du plafond de déduction pour les petites entreprises achetant des oeuvres d'artistes vivants (de 0,5% du chiffre d'affaires à 1%) ; crédits d'impôts pour les antiquaires et galeries d'art.
Ce budget est encore aléatoire, car il n'est pas impossible in fine (fin octobre) qu'advienne un « gel budgétaire » (le Parlement pourrait le fixer par exemple à 6%), ne permettant pas au Ministère d'engager l'ensemble de don budget.
La question est maintenant de savoir si l'annonce de cette hausse budgétaire sera de nature à calmer le jeu, tant auprès des défenseurs du patrimoine que des représentants des artistes (le spectacle vivant va bénéficier de 15 M€ supplémentaires), qui conditionnaient la poursuite de leur présence aux « Entretiens de Valois » à ce projet de budget.
François Le Pillouer, président du Syndicat national des entreprises artistiques et culturelles (Syndeac), indique dans le Monde du 28.09.2008 qu'il va regarder de près les chiffres, car « pour le budget 2008, on annonçait une hausse de 3 %, qui s'est finalement révélée inférieure à 1 %." - Voir la conférence de presse du 26 septembre et le dossier de presse (3 Mo - 96 p.).
François Deschamps
Source [4]